Le cours de 2nde sur Peste & choléra cette année est pour moi l’occasion d’aborder l’étude de la méthode du commentaire littéraire. Ce cours fait suite à une séquence sur Medée de Corneille au cours de laquelle j’ai insisté sur l’analyse littéraire du texte.
Ici, je voudrais que les élèves passent de l’analyse détaillée du texte à la construction de l’explication littéraire.

Le point de départ de la séance est l’incipit du roman. Après avoir fait la lecture du 1er chapitre dans son ensemble, je me suis concentré sur le premier paragraphe.

La vieille main tavelée au pouce fendu écarte un voilage de pongé. Après la nuit d’insomnie, le vermeil de l’aube, la glorieuse cymbale. La chambre d’hôtel blanc neige et or pâle. Au loin la lumière à croisillons de la grande tour en fer derrière un peu de brume. En bas les arbres très verts du square Boucicaut. La ville est calme dans le printemps guerrier. Envahie par les réfugiés. Tous ceux-là qui pensaient que leur vie était de ne pas bouger. La vieille main lâche la crémone et saisit la poignée de la valise. Six étages plus bas, Yersin franchit le tambour de bois verni et de cuivre jaune. Un voiturier en habit referme sur lui la portière du taxi. Yersin ne fuit pas. Il n’a jamais fui. Ce vol, il l’a réservé des mois plus tôt dans une agence de Saigon.
Première phrase de Peste & Choléra de Patrick Deville.

1. Entrer dans le texte par la focalisation et le jeu

Dans un premier temps, on a abordé collectivement le texte en en analysant la focalisation et en essayant de le jouer pour en mettre en évidence à la fois la construction et les enjeux. Ce travail a permis de préciser son sens littéral.
Cela a permis :
- de saisir des éléments du récit qui ne leur étaient pas très clairs comme ce à quoi fait référence le « voilage du pongé » du texte ou bien ce qu’est le « tambour » que franchit Yersin
- de rendre les élèves sensibles au gros plan de la main qui ouvre le rideau de la chambre du Lutetia dans lequel séjourne Yersin
- de saisir le changement de rythme entre la contemplation méditative de Yersin dans la 1ère partie de l’extrait et l’accélération du rythme dans la seconde.

2. Hypothèses de lecture

Dans un deuxième temps, travail individuel de recherche d’hypothèses de lecture.
Je suis toujours frappé combien cette étape fait ressortir des éléments essentiels qui guident souvent ensuite plus ou moins consciemment l’interprétation du texte ; en effet, si cette étape est laissée de côté, l’analyse est souvent peu approfondie et décousue. On met en commun.
Globalement, les élèves ont saisi ici qu’on pouvait s’intéresser au portrait de Yersin et à la description des lieux.

3. Analyse du texte

Troisième temps : analyse individuelle de détail du texte. Le travail se fait directement sur une photocopie de l’extrait de sorte que les élèves puissent souligner et annoter le texte.
Certains acquis de la séquence précédente permettent aux élèves de ne pas se trouver dépourvus contrairement à ce que j’avais pu constater plus tôt dans l’année. Cependant les analyses sont globalement lacunaires et ne débouchent pas sur une interprétation du texte.
La phase orale successive permet de pallier ces deux défauts.

L’intérêt de travailler sur un extrait très court est ici de permettre une analyse détaillée dans un temps qui reste compatible avec celui de la classe.

4. Travail sur l’organisation des idées

Dans un quatrième temps, on travaille sur l’organisation des idées. Je présente à la classe un simple diaporama reprenant tous les éléments d’analyse relevés. Les élèves constatent rapidement que leur succession ne construit pas le sens du texte.

Je mets ensuite à disposition des élèves le diaporama et les invite à travailler à deux ou trois pour proposer une organisation de ces différents éléments soit en utilisant le mode d’affichage « trieuse » de PowerPoint soit en travaillant au brouillon.

Enfin, un forum dans Moodle (discussion unique) permet de
- partager les différentes propositions ;
- de les afficher ;
- et de les commenter collectivement.